Article rédigé et publié par Marie-Catherine Vignal Souleyreau, soumis à droits d’auteur
Mise à jour du 3 août 2026
Jean-Jacques Barrillon (ou Barillon) (1601-1645), seigneur de Châtillon (Châtillon-sur-Marne) et de Maugarny, est le fils cadet de Jean Barrillon (ou Barillon), écuyer, seigneur de Mancy, Gauvecuis, Hallencourt, Montigny etc., et de sa seconde épouse, Judith de Mesmes. Il est le frère de l’intendant Antoine Barrillon (ou Barillon) (1599-1672), chevalier, seigneur de Morangis.
Selon la même progression que son frère, il est d’abord reçu conseiller au parlement de Bretagne le 18 décembre 1620, puis conseiller au parlement de Paris le 17 août 1623. Il devient président en la première chambre des Enquêtes le 18 février 1628 ou le 7 septembre 16291.
Au printemps 1631, en contradiction avec le souhait de Louis XIII et de Richelieu, Jean-Jacques Barrillon, ainsi que Pierre Gayant et Élise Laisné, mettent en cause la condamnation demandée au parlement de Bourgogne, de ceux qui ont choisi de suivre le duc d’Orléans en exil, le comte de Moret, le duc d’Elbeuf, le duc de Bellegarde et le duc de Roannais2. Mécontent le Roi leur demande de quitter Paris. Jean-Jacques Barrillon réside pendant trois mois en Auvergne3. Il est de retour dans la capitale, avec ses deux collègues, le 2 juin4, et s’oppose à nouveau, avec Pierre Gayant, Guy de Thélis, Élie Laisné et Nicolas Tudert, aux édits portant création de commissions extraordinaires et érection de la chambre de l’Arsenal, voulu par Richelieu comme tribunal d’exception, dont son frère Antoine a été nommé commissaire. Il met tout en œuvre contre la prise de fonctions Jacques Favier, seigneur du Boulay, Lanoy et Isaac de Laffemas, commissaires, avec son frère, de l’instance nouvellement créée5.
Richelieu et le Roi entendent en effet attribuer le jugement des causes touchant l’ordre public à des commissaires spécialement désignés et établir une commission de justice à l’Arsenal de Paris dont la première cause concerne des faux monnayeurs. Le parlement de Paris, et en particulier la chambre des Enquêtes, y voient une atteinte à ses prérogatives. Louis XIII et ses conseillers estiment que la chambre des Enquêtes, récusant à la fois la sentence de mort rendue par la commission de l’Arsenal et l’enregistrement des édits de création des commissions, outrepasse ses droits et ses compétences et convoque ses représentants à Metz en janvier 1632.
Le 30, à l’issue de la campagne militaire en Lorraine, le Roi, par la voix du marquis de Châteauneuf, fait part de son mécontentement aux membres de la chambre des Enquêtes. Le souverain déclare refuser les remontrances de l’assemblée et déchoit ses membres du titre de conseiller. Il rappelle le caractère « monarchique » de l’État et donne la preuve qu’il est parfaitement capable de faire respecter son autorité. À la suite du discours du garde des sceaux, le premier président au Parlement, Nicolas Lejay, sollicite la grâce du roi et le maintien des parlementaires dans leurs charges. Surtout, il justifie longuement l’attitude de l’assemblée, à la grande colère de Louis XIII, et au mécontentement de Richelieu et de Châteauneuf. Sous le coup de l’émotion, le roi prend lui-même la parole et affirme sans ambage la prééminence de l’autorité royale sur l’autorité parlementaire. Puis le cardinal s’adresse à son tour aux représentants du Parlement pour leur enjoindre d’obéir aux ordres qui leur ont été donnés. Le cardinal-ministre se montre plus conciliant que le souverain et se déclare favorable au maintien des parlementaires de leurs charges, sous réserve que ceux-ci obéissent enfin au roi et enregistrent les édits nécessaires à la réforme judiciaire. La querelle est d’autant plus importante pour Richelieu que la résistance opposée par les parlementaires met non seulement en cause le système de justice d’État voulu par Richelieu, mais retarde également l’instruction du procès politique par excellence, celui du maréchal de Marillac, que le cardinal-ministre souhaite voir aboutir au contraire le plus rapidement possible. Le 2 mars 1632, les parlementaires se voient confirmer leur retour en charges. En avril, Jean-Jacques Barrillon, dans la cadre de la commission érigée à Rueil pour la dernière phase du procès du maréchal de Marillac, dénonce l’absence de preuve quant à un crime qu’aurait commis l’ancien gouverneur de Verdun6.
En 1635, face à l’accroissement des effectifs de la chambre des Enquêtes voulue par Louis XIII et Richelieu pour accroître les rentrées fiscales et soutenir l’effort de guerre, l’assemblée revendique l’examen des édits portant création des nouveaux offices, alors même que le Roi assiste en personne à leur vérification. La chambre des Enquêtes souligne que les textes, bien qu’ils aient été vérifiés, n’ont pas été lus au cours du lit de justice. Nicolas Lejay met en garde ses collègues contre le mécontentement prévisible de Louis XIII et leur oppose un refus. Les représentants de la chambre des Enquêtes ne s’avouent pas vaincus et demandent que les édits ne soient pas exécutés tant que les chambres ne seraient pas réunies. Pour la seconde fois, Nicolas Lejay s’oppose à leur prétention. La réaction du roi de France ne se fait pas attendre. Le 26 décembre, pour faire part de son mécontentement, il rédige une missive en deux exemplaires qu’il adresse pour l’un à Mathieu Molé, en tant que représentant du parquet, pour l’autre à Nicolas Lejay comme premier président en la grand-chambre du Parlement. Nicolas Lejay décide de réunir la grand-chambre, la chambre de l’Édit et celle de la Tournelle pour délibérer du contenu de la lettre de Louis XIII. L’assemblée finit par députer le président de Mesmes à Pierre Séguier, chancelier récemment investi. Le souverain, par la voix de Pierre Séguier, réclame la feuille de l’audience de la chambre des enquêtes du samedi 22 décembre qui réclamait l’examen des édits royaux, que la grand-chambre est dans l’incapacité de se procurer. Le cloisonnement du Parlement rend la situation inextricable : la chambre des Enquêtes n’a rien communiqué à la grand-chambre, et n’y est d’ailleurs pas tenue, alors que Nicolas Lejay a réclamé le procès-verbal, tandis que la grand-chambre n’a pas communiqué à la chambre des enquêtes la lettre du Roi en date du 26 ! Pour Jean-Jacques Barrillon, l’affaire se clôt le 6 janvier 1636, par une assignation à résidence à Saumur, pendant trois mois7.
En mars 1638, le président Barrillon est impliqué dans un nouveau bras de fer engagé par la chambre des Enquêtes contre le pouvoir royal lors de l’examen de plaintes des rentiers de l’Hôtel de Ville. Il est assigné à résidence, cette fois pour cinq ans, à Tours8, puis à Amboise9. Pendant cette période, il est tenu informé des affaires par Robert Arnauld d’Andilly et par le frère de ce dernier, Henri Arnauld, évêque d’Angers10.
Sa charge parlementaire est supprimée en février 1641 puis rétablie en avril 1643, il peut alors regagner Paris et ses fonctions11.
En 1645, son hostilité à l’édit du Toisé pris par Michel Particelli d’Hémery conduit à son arrestation et à un dernier exil, à Pignerol.
Jean-Jacques Barrillon a épousé Bonne Fayet, fille d’Olivier Fayet, seigneur de Maugarny, président en la première chambre des Enquêtes au parlement de Paris, et de Marie Luillier. Il décède à Pignerol en 1645.
- Michel Popoff (pub.), Prosopographie des gens du parlement de Paris (1266-1753) : d’après les ms. Fr. 7553, 7554, 7555, 7555 bis conservés au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, Paris, le Léopard d’Or, 2003, 2 volumes, t. 1, p. 296. [↩]
- Voir à ce sujet Michel Le Vassor, Histoire du règne de Louis XIII…, Amsterdam, chez Pierre Brunel, 1700-1717, 10 tomes et 19 volumes, tome troisième, p. 627. [↩]
- Aimé Champollion-Figeac (éd.), Mémoires de Mathieu Molé, Paris, chez Jules Renouard, 1855-1857, 4 volumes, tome 2, p. 52. [↩]
- Eugène et Jules Halphen (éd.), Journal inédit de Arnauld d’Andilly… d’après le manuscrit autographe de la bibliothèque de l’Arsenal…, Paris, imprimerie D. Jouaust, 1888-1909, 6 volumes, tome 4, p. 178. [↩]
- Voir la lettre que Claude de Bullion adresse à Richelieu, et la note jointe à ce courrier, de Paris, le 13 décembre 1631, dans Pierre Grillon (éd.), Les papiers de Richelieu : section politique intérieure, correspondance et papiers d’État. Tome VI : 1931, Paris, A. Pédone, 1985, p. 720-723. [↩]
- Paul Hay du Châtelet à Richelieu, Paris, 9 avril 1632, translation publiée en ligne, texte 615 ; Denis-Louis-Martial Avenel (éd.), Lettres, instructions diplomatiques et papiers d’État du cardinal de Richelieu, Paris, imprimerie Nationale, 1853-1877, en 8 volumes, Collection des documents inédits de l’histoire de France, tome VIII, p. 85. [↩]
- Aimé Champollion-Figeac et Aimé Champollion fils (éd.), Mémoires d’Omer Talon, Lyon et Paris, Guyot frères, 1853, p. 45-46. [↩]
- Aimé Champollion-Figeac (éd.), Mémoires de Mathieu Molé, ouvrage cité, tome 2, p. 399. [↩]
- Denis-Louis-Martial Avenel (éd.), Lettres, instructions diplomatiques et papiers d’État du cardinal de Richelieu, ouvrage cité, tome I, p. 77 note. [↩]
- Denis-Louis-Martial Avenel (éd.), ouvrage cité, tome VIII, p. 158 ; correspondance manuscrite qu’Henri Arnauld adresse au président Barrillon entre 1639 et 1643, conservée à la Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits occidentaux, collection Manuscrits français, volumes 15610 et 15611, numérisés et disponibles sur Gallica, consultés le 22 juillet 2026. [↩]
- Voir Nicolas Schapira, « Écrire l’événements. Les auteurs d’un procès politique en 1641 », dans Yves-Marie Bercé (dir.), Les procès politiques (XIVe-XVIIe siècle), Rome, École française de Rome, 2007, p. 513-528, collection Publications de l’École française de Rome, 375, contribution disponible en ligne, consultée le 20 juillet 2026. [↩]
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Marie-Catherine Vignal Souleyreau (8 mai 2023). Barrillon (Jean-Jacques, seigneur de Châtillon). Correspondance et papiers d'État du cardinal de Richelieu. Consulté le 9 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/tqhp
