Article rédigé et publié par Marie-Catherine Vignal Souleyreau, soumis à droits d’auteur
Mise à jour du 23 septembre 2026
Martin Meurisse (1584-1644) est né à Roye, en Picardie. Il entre très jeune chez les cordeliers de la ville où il fait sa profession de foi. Une réelle précocité intellectuelle et des aptitudes à la spéculation philosophique déterminent l’envoi de Meurisse à la Sorbonne, où il peut accéder aux grades de bachelier, licencié puis docteur. Il devient professeur au couvent des cordeliers de Paris.
L’enseignement dispensé par Martin Meurisse fait l’objet de publications : Rerum metaphysicarum libri tres ad mentem Doctoris subtilis, paru à Paris en 1623 ; Tractatus de SS Trinitae, également publié à Paris, en 1631, alors que Martin Meurisse se trouve à Metz. Il laisse également deux traités manuscrits : Tractatus de gratia Dei ab honorando doctore Theologiae… anno 16241 ; Tractatus de sanctissimo incarnationis mysterio, ad mentem doctoris subtilis J.D. Scoti2.
Sous l’influence de la théologie scotiste, Martin Meurisse évolue d’idées favorables à la liberté humaine au préjansénisme. Il souligne la libéralité de la grâce et son caractère gratuit. Il s’attache aussi à la controverse avec les protestants et à la défense des thèses catholiques concernant l’Eucharistie3.
Dès la fin des années 1620, d’étroites relations se nouent entre Meurisse, les milieux parlementaires et le parti dévot, Martin Meurisse rencontre l’abbé de Saint-Cyran4. Il est également proche de Jacques Le Coigneux, qui devient son protecteur, et bénéficie de l’estime du duc d’Orléans pour les cordeliers. Martin Meurisse, par ce biais, entre dans le parti de Monsieur contre Richelieu. Il peut rencontrer Henri de Bourbon-Verneuil à qui il dédie sa première publication en 1623. Le suffragant de l’évêque de Metz, Nicolas Coeffeteau, évêque de Dardanie, vient alors de décéder.
Au cours des controverses sur l’autorité pontificale, Coeffeteau a fait preuve d’un gallicanisme modéré mais affirmé. Se basant sur la distinction du droit et du fait, il n’admettait une infaillibilité de l’Église que sur les points de foi. Il s’est attaché à montrer que même les conciles œcuméniques étaient faillibles sur le fait. Selon René Taveneaux, Nicolas Coeffeteau a préparé un terrain certes favorable au développement d’un jansénisme lorrain, mais a mis en œuvre une « préparation spirituelle plus orientée […] vers le gallicanisme et l’antijésuitisme que vers les thèses augustiniennes du préjansénisme »5. Une querelle sur la grâce et sur la congrégation de auxiliis opposait en effet les dominicains aux jésuites, qui tentaient de faire condamner Coeffeteau par la papauté. Les thèses préjansénistes ne s’expriment réellement qu’avec l’arrivée à Metz, en 1629, de Martin Meurisse, qui succède à Nicolas Coeffeteau au moment où apparaissent les premiers troubles liés au renouveau augustinien parti de Louvain.
C’est en 1628 que Martin Meurisse est devenu évêque de Madaure, et que Jansénius, poussé par Saint-Cyran, a entamé la rédaction de l’Augustinus. Quelques mois plus tard paraît le traité de l’oratorien Gibieuf, De libertate Dei et creaturae. L’auteur réfute systématiquement les thèses de Molina et de Lessius sur la liberté, et développe le point de vue de saint Augustin. Il déclare que l’état de nature déchue supprime la liberté pour le bien, tout en la laissant subsister pour le mal. Selon Gibieuf, toute action humaine est mauvaise avant l’infusion de la grâce. Les thèses de l’oratorien constituent le prélude aux réflexions de Jansénius publiées une dizaine d’années plus tard. Gibieuf est d’ailleurs cité par Jansénius.
Le 3 août 1629, Martin Meurisse rédige à Vic la première approbation au De libertate Dei et creaturae. Gibieuf reçoit par la suite le soutien de Jansénius lui-même, et celui de Saint-Cyran.
Puis en 1630 éclate l’affaire des libelles anglais. Rome envoie en Angleterre un docteur de l’université de Paris, Richard Smith, avec le titre d’évêque de Chalcédoine. Les missionnaires jésuites y voient immédiatement un prélude au rétablissement de la hiérarchie ecclésiastique. Ils refusent de reconnaître l’autorité du prélat qui doit regagner le continent. Profitant de l’avantage acquis, deux jésuites rédigent des libelles où ils développent des thèses hostiles à l’épiscopat et au clergé séculier. Selon eux, les évêques n’auraient d’autre utilité que de conférer le sacrement de l’ordre. Ils préconisent que l’administration des diocèses soit confiée à un conseil de religieux. L’autorité épiscopale est fortement mise à mal6.
En février 1631, les thèses jésuites sont condamnées par une assemblée d’évêques, à laquelle participe Martin Meurisse. Le principal reproche adressé aux libellistes est de « rabaisser au dernier point l’autorité que Jésus-Christ a donnée aux évêques »7.
Entre 1631 et 1640, le suffragant de l’évêque de Metz doit se tenir à l’écart des querelles du temps, en raison de l’aggravation du conflit opposant ses protecteurs à Richelieu. En 1631, le duc d’Orléans et Le Coigneux trouvent refuge à Nancy, alors que Meurisse, le 31 janvier, au cours d’une entrevue à Paris, a conseillé à Monsieur de ne pas quitter la cour du Roi.
En 1632-1633, les armées françaises prennent pied en Lorraine, et la politique de Richelieu, favorable aux princes protestants d’Allemagne, pousse les Messins réformés à la combativité. Martin Meurisse préfère se consacrer à ses tâches pastorales. Il ne publie qu’un recueil de statuts synodaux et une Histoire des Evesques de l’Eglise de Metz8.
Ouvrage de circonstance, à l’époque de la création du parlement de Metz, l’étude de Meurisse rappelle les privilèges spirituels et les droits temporels des évêques du diocèse, du roi de France qui, en vertu du concordat de Bologne, entend exercer un droit de nomination depuis le XVIe siècle, et témoigne aussi de la ruine des anciens privilèges de la cité messine. Martin Meurisse se plaint de sa saisie par les Lorrains alors que le livre est en cours d’impression et attribue l’opposition qui lui est faite à son propos concernant l’abbaye de Gorze. L’abbaye de Gorze constitue une principauté quasi-indépendante en territoire lorrain, plus précisément dans l’évêché de Metz. Le domaine de l’abbaye de Gorze ne compte pas moins de vingt-quatre villages, entre Metz et Hattonchâtel. La nomination de l’abbé suscite, comme celle de l’évêque de Metz, d’importantes luttes d’influence entre le roi de France, le Pape et le duc de Lorraine depuis la fin du XVIe siècle. Depuis la démolition de l’abbaye en 1609, les Lorrains proclament que sa fondation serait due à l’initiative des ducs. Les officiers français employés dans les Trois Évêchés soutiennent au contraire, comme Martin Meurisse, que l’abbaye n’a vu le jour que grâce aux libéralités des rois très chrétiens. Les ordonnances d’Henri IV et de Louis XIII, jusqu’en 1633, disposent que les bénéfices des Trois Évêchés sont réservés aux régnicoles et que la prise de possession de bénéfice par les nouveaux pourvus ne peut s’effectuer qu’après avoir communiqué leurs provisions aux officiers royaux et avoir prêté serment de fidélité entre leurs mains. Le clergé évêchois contrevient sans cesse aux décisions royales. En 1625, devant la commission Le Bret, Nicolas Maguin, maître-échevin de Metz, qui a rédigé la coutume locale, a affirmé que jusqu’en 1611 l’abbaye de Gorze portait les armes de France, avant qu’elles ne soient effacées par la famille ducale, leur occultation permettant de rattacher par la suite l’abbaye de Gorze à la primatiale de Nancy, au détriment de la souveraineté temporelle de celle-ci que garantissait la protection française. Martin Meurisse a adopté un point de vue concordant, d’où la colère des Lorrains9.
Au début de l’été 1633, Martin Meurisse fournit d’utiles précisions concernant le mariage secret du duc d’Orléans et de la princesse Marguerite de Lorraine10.
Le 24 août suivant, Martin Meurisse, ainsi que M. de Mortemart, commandant dans la ville de Metz en l’absence du gouverneur, le duc de La Valette, viennent saluer les premiers membres du parlement de Metz à leur entrée dans la cité. L’évêque de Madaure est entré en conflit avec le chapitre de la cathédrale. L’un des commissaires du Roi au Parlement, Rémefort de La Grélière, est chargé d’intervenir auprès des chanoines : il doit trouver un terrain d’entente et éviter que ceux-ci ne s’opposent à ce que Martin Meurisse officie à la messe du Saint-Esprit, qui doit précéder l’installation du Parlement. L’avocat général réussit à obtenir l’accord du chapitre : le 26, l’instance judiciaire s’installe dans le palais des Treize, après une procession, et la messe dite en la cathédrale par l’évêque de Madaure. Après l’installation du parlement de Metz, le père Meurisse fait paraître son ouvrage (1634).
Martin Meurisse n’est à nouveau mêlé aux débats théologiques qu’en 1643. Le 1er juillet, il approuve la Fréquente communion, rédigée par Arnauld. Au mois d’avril 1644, il signe, en compagnie de seize évêques, une lettre adressée à Urbain VIII réitérant l’approbation. À la fin de cette même année, juste avant de mourir, Martin Meurisse peut établir à Metz une branche de la compagnie du Saint-Sacrement.
Voir aussi Jean-Baptiste Kaiser, « Martin Meurisse O. F. M., évêque de Madaure, suffragant de Metz (1584-1644) », Annuaire de la société d’histoire et d’archéologie de la Lorraine, volume XXXII, 36e année, 1923, p. 1-119.
- Bibliothèque nationale de France, coll. Manuscrits latins, vol. 18149, f° 2-63. [↩]
- Bibliothèque nationale de France, coll. Manuscrits latins, vol. 18149, f° 64-202. [↩]
- Martin Meurisse consacre un ouvrage important à cette question : De sacrosancto et admirabili Eucharistiae Sacramento tractatus, publié à Paris en 1628. [↩]
- René Taveneaux, Le jansénisme en Lorraine : 1640-1789, Paris, J. Vrin, 1960, p. 99. [↩]
- René Taveneaux, Le jansénisme en Lorraine : 1640-1789, ouvrage cité, p. 98. Nicolas Coeffeteau est en effet l’auteur d’un Examen ou Réfutation d’un livre de la toute puissance et de la volonté de Dieu, paru à Paris, chez Sébastien Cramoisy, en 1617. Il prend également part à la controverse avec les protestants en publiant La Défense de la Sainte Eucharistie et présence réelle du corps de Jésus-Christ, contre la prétendüe Apologie de la Cène publiée par Pierre Du Moulin, ministre de Charenton, à Paris, F. Huby, 1607. La 3e édition de l’ouvrage paraît en 1633, toujours à Paris, chez D. Thierry. Le suffragant de l’évêque de Metz a enfin laissé une contribution au culte marial : La Marguerite chrestienne, hymne contenant la vie, miracles et passion de la vierge saincte Marguerite, Paris, B. La Caille, 1602. [↩]
- Voir la déclaration commune de quatre représentants de la compagnie de Jésus, Louis de La Salle, Étienne Binet, Julien Hayneufve, et le père Mailland, désaveu de Nicolas Smith, en date du 23 mars 1633, dans Marie-Catherine Vignal Souleyreau (éd.), Richelieu à la conquête de la Lorraine. Correspondance : 1633, Paris, éditions L’Harmattan, 2010, p. 150-151. [↩]
- René Taveneaux, Le Jansénisme en Lorraine…, ouvrage cité, p. 101. [↩]
- Martin Meurisse, Histoire des évesques de l’Église de Metz, Metz, par Jean Antoine, 1634. [↩]
- Voir Martin Meurisse à Richelieu, Metz, 23 février 1633, dans Marie-Catherine Vignal Souleyreau (éd.), Richelieu à la conquête de la Lorraine. Correspondance : 1633, ouvrage cité, p. 102-104, translation publiée en ligne, texte 1262. [↩]
- Voir le mémoire de Martin Meurisse, 5 juillet 1633, dans Marie-Catherine Vignal Souleyreau (éd.), Richelieu à la conquête de la Lorraine. Correspondance : 1633, ouvrage cité, p. 308-309. L’union a été célébrée le 3 janvier 1632, en l’église de l’abbaye Notre Dame de la Consolation à Nancy. La bénédiction nuptiale a été prononcée par un cistercien attaché au service religieux de l’abbaye de Remiremont, Albin Tellier. Pour authentifier la validité de l’union qu’il a consacrée, ce dernier a rédigé une attestation qui donne une version des faits légèrement différente. Le document est conservé à la Bibliothèque de l’Institut, coll. Godefroy, vol. 338, fol. 313. Selon Albin Tellier, la cérémonie a eu lieu vers sept heures du soir, en présence de Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont, de la gouvernante de la princesse Marguerite, du duc d’Elbeuf et de Puylaurens. Le prêtre ne cite pas le père de la mariée, François de Vaudémont, tandis que le mémoire de Martin Meurisse n’évoque pas la gouvernante de Marguerite de Lorraine. [↩]
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Marie-Catherine Vignal Souleyreau (7 juillet 2025). Meurisse (Martin). Correspondance et papiers d'État du cardinal de Richelieu. Consulté le 8 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14agq
